Blues-rock, vous avez dit blues-rock ?

Parler de blues-rock, c’est prendre le risque d’un petit sourire en coin, genre ‘un peu démodé, non ?‘…
C’est vrai: on pourrait penser que tout a été dit, tout a été fait, surtout pour un style musical où la marge de manœuvre peut sembler limitée. Mais quand on se penche sur le nombre d’albums qui sortent chaque année, on s’aperçoit que le blues-rock est toujours vivant, et bien vivant. Et qu’il n’est pas seulement joué par des vieux types revenus de tout: la relève est là, et leur dynamisme est spectaculaire.

Voici donc un petit tour d’horizon succinct de quelques albums qui ont monopolisé mes oreilles une grande partie de ces derniers mois. Je ne dis pas que ce sont les meilleurs: ce sont les quelques, parmi la masse, qui me sont tombés entre les mains.

J’aurais pu consacrer une pleine chronique à chacun de ces albums, ils le méritaient. Mais je suis une feignasse, alors on va faire groupé.

 


Les valeurs sûres


 

Joe BonamassaBlues of Desperation (03/2016) – StarGreenStarGreenStarGreenStarGreenStarGray

water/bm book 1/04Difficile de parler de prog’ sans citer Steven Wilson, de folk sans citer les Mumford and Sons, encore moins de blues-rock sans parler de Joe. Les mauvaises langues moquent son côté marketing et le fait qu’il vende plus de produits dérivés que d’albums. On ne peut pas les contredire: son nom est devenu une marque.

Reste que techniquement, il fait partie du haut du panier des guitaristes actuels, tous genres confondus. Pas de descentes de manche vertigineuses, ni de records du nombre de notes à la seconde. Un jeu sobre, mais très efficace, et un toucher de cordes exceptionnel. A ce niveau, on le compare souvent à Gary Moore (je sais, on compare à peu près tout et n’importe qui au pauvre Gary…).

Blues of Desperation‘ n’est sans doute pas son meilleur album, à Joe (son 12ème en solo), ni celui où il prend le moindre risque. On se demande d’ailleurs pourquoi il en prendrait: il est en haut de la pyramide, et il faudra se coucher tôt pour le déloger.

 

Par assimilation, penser à Joe, c’est aussitôt penser à Beth.

 

Beth HartFire on the Floor (10/2016) – StarGreenStarGreenStarGreenStarGreenStarGray

bhSi Joe est considéré (par certains, pas par tous !) comme LE guitariste de blues-rock actuel, Beth, elle, en est considérée comme la VOIX. Et là, c’est unanime. Ecoutez-la chanter, et vous êtes rapidement pris de frissons. Une voix chaude, puissante, tour à tour agressive et caressante, âpre et douce à la fois. Celui qui n’a pas vu ne serait-ce qu’un petit extrait de son concert avec Joe Bonamassa (Live in Amsterdam) n’a rien vu: sa reprise du ‘I’d Rather Go Blind‘ d’Etta James est à mourir.

Ce ‘Fire on the Floor‘ n’est pas acclamé par tout le monde, il a ses adeptes et ses détracteurs. Il faut dire que la dame, contrairement à Joe, ose prendre des risques et ne joue pas la sécurité en se cantonnant à un seul style musical. Elle n’hésite pas ainsi à se promener régulièrement du côté du jazz (cf ‘Jazz Man‘). Ici, c’est essentiellement son penchant vers la pop (horreur !) qui a du mal à passer. Comme un reproche d’aller chercher un peu de lumière vers le grand public.

Vous inquiétez pas les gars: Beth ne sera pas la prochaine Lady Gaga. Elle a bien trop de caractère et n’est vraiment pas du genre à faire des concessions.

 

 

Jeff Beck Loud Hailer (07/2016) – StarGreenStarGreenStarGreenStarGreenStarGray

jeffbS’il y en a bien un qui peut être considéré comme une valeur sûre et comme une référence, c’est bien Jeff: 72 ans au compteur, plus de 50 ans de carrière (une vraie carrière, pas 10 ans de création et 40 ans à reprendre en boucle ce qui a été fait pendant ces 10 premières années !), membre des Yardbirds, cité régulièrement comme l’un des meilleurs guitaristes de tous les temps, une référence pour un nombre incalculable de musiciens, on va s’arrêter là, non ?…

Jeff pourrait se la jouer facile, se contenter de rester en roue libre. Au lieu de ça, il s’acoquine avec le jeune duo féminin Bones, groupe de rock bourré d’énergie. Le résultat: un savant mélange de puissance et d’émotion. Un grand coup de tatane avec du gros son par-ci, une ballade pétrie d’émotion par-là. Mais toujours une grande sensibilité. Jeff laisse le chant à Rosie Bones et se concentre sur son jeu de guitare. Une production étincelante, un son d’une rare pureté. Pas un album de blues à proprement parler, plutôt une mixture entre blues-rock, indie et garage. Et qui prouve qu’il n’y a pas d’âge pour se remettre en question et oser !
A défaut d’une leçon de blues-rock (ce qui reste à prouver), voici une belle démonstration de Vie.

 

 


Les bien en place


 

Devon AllmanRide or Die (09/2016) – StarGreenStarGreenStarGreenStarGreenStarGray

daLe nom de Allman reste collé à l’histoire du blues, au travers du légendaire The Allman Brothers Band. Devon n’est autre que le fils de Gregg Allman, un des membres fondateurs du groupe. Bon sang ne saurait mentir. Songwriter, multi-instrumentiste mais avant tout guitariste, producteur… Devon sait tout faire. Et plus que bien.

Ride or Die‘ n’est que son 3ème album en solo, mais il multiplie les collaborations. Adepte du format court, ses morceaux ne dépassent pas les 5 minutes. Des titres ramassés mais d’une musicalité et d’un feeling qui sortent de l’ordinaire. Pas de surtension, le ton n’est pas à la démonstration de force.

Les quelques ballades ne font pas tomber le rythme, et sont d’une efficacité déconcertante (‘Lost‘, ‘Live from the Heart‘). Sans renier le blues familial, Devon a l’intelligence de ne pas se poser en gardien du temple, mais au contraire vient apporter sa propre pierre à l’édifice.

 

 

Tedeschi Trucks BandLet Me Get By (01/2016) – StarGreenStarGreenStarGreenStarGreenStarGray

ttbComme Devon, la bande à Susan Tedeschi en est à son 3ème album studio. A côté de Susan, songwriter et guitariste, on trouve son mari, Derek Trucks, membre éminent du Allman Brothers Band et du Derek Trucks Band. Le blues du Tedeschi band est moins ‘brut’ que celui de Davon Allman. C’est certainement parce qu’on y trouve une section de cuivre qui apporte une rondeur et un habillage plus chatoyant.

Ce qui ressort avant tout de ces 10 titres, ce sont leur groove et leur luminosité. N’hésitant pas à prendre son temps, on y trouve des morceaux de 7 ou 8 minutes aux longues plages instrumentales, où tout le monde semble s’en donner à cœur joie sans que ça parte dans tous les sens. Derek ne tire pas la couverture à lui et ne la joue pas perso, quand il pourrait largement en avoir la tentation. Chez Susan, il n’y a pas d’improvisation, tout le monde reste à sa place. C’est si bien fait, et le résultat est si convainquant qu’on ne peut qu’approuver et adhérer.

 
Aynsley ListerEyes Wide Open (10/2016) – StarGreenStarGreenStarGreenStarGreenStarGreen

aynslayJe ne savais pas dans quelle catégorie situer Aynsley: ‘valeur sûre‘, ‘bien en place‘ ?… à la vérité, j’étais parti pour le mettre dans les ‘valeurs montantes‘, jusqu’à ce que je lise sa biographie et que je m’aperçoive que le gars a plus de 20 ans de carrière, à fait les premières parties de Buddy Guy ou John Mayall, et empile les récompenses et les nominations (meilleur titre, meilleur songwriter, meilleur guitariste…) comme d’autres empilent les casseroles.

Bref, une pointure.

Il faut croire que Aynsley a longtemps préparé son coup et qu’il a mis à profit sa longue expérience des tournées avant de délivrer cette bombe thermonucléaire qu’est ce ‘Eyes Wide Open‘. Tout est là, en 12 titres pour un peu plus d’une heure de jouissance auditive: l’émotion, la sensibilité, le rythme, le feeling, le groove, la technique, le toucher de cordes et le jeu léger et délicat. N’en jetez plus, je me rends. Ah si, j’oubliais: la voix. Légèrement voilée, posée et aérienne, de celle qui ne vous heurte pas les tympans mais au contraire les caresse agréablement. Je pourrais parler de cet album pendant des heures.

Après plus de 4 mois d’écoute, je n’ai toujours pas trouvé le moindre point faible à cet ovni. En même temps, ça fait longtemps que j’ai renoncé à en chercher un…

 

 


Les valeurs montantes


Layla ZoeBreaking Free (02/2016) – StarGreenStarGreenStarGreenStarGreenStarGray

lzUn peu plus de 10 ans de carrière, et 6ème album studio pour la canadienne native de Toronto. Bon alors on va mettre tout de suite les choses au point: non, Layla n’est pas la nouvelle Janis. Elle a la voix chaude et profonde d’une écorchée vive, le coffre la rage et la puissance nécessaires pour ce style musical. Mais elle ne monte pas dans les aigus stratosphériques de son illustre aînée. Reste que la jeune femme est une chanteuse hors norme, au charisme certain, et qui est en train de creuser son sillon et d’acquérir une belle réputation à force d’aligner les concerts et les albums sans faire, pour l’instant, le moindre sans faute.

Il faut aussi souligner le fait qu’elle est secondée par le multi-instrumentiste Jan Laacks qui réalise sur cet album des prouesses à la guitare. Il n’a pas grand-chose à envier aux ténors du genre, et ce ‘Breaking Free‘ fait partie de ces albums qui vous prennent à la gorge dès l’entame pour ne plus vous lâcher.

 


La relève


 

Aaron Keylock Cut Against the Grain (01/2017) – StarGreenStarGreenStarGreenStarGreenStarGray

akQuestion relève, il se pose là, le gamin: tout juste 18 ans !.. et à l’écouter, on jurerait qu’il en a 30 de plus. Rien à voir avec les phénomènes de cirque dont les vidéos circulent à longueur de journée sur les réseaux sociaux. S’il fallait en apporter une preuve, Aaron ne se contente pas de jouer de la guitare, il est aussi chanteur, auteur et compositeur.

Alors ok, son blues-rock ne va pas révolutionner le genre, mais il est efficace. Des titres variés, entraînants, certains au refrain imparable (‘That’s not Me‘, ‘Spin the Bottle‘), et des parties de slide à couper le souffle (‘Down‘, ‘Sun’s Gonna Shine‘).

S’il continue dans cette veine, nul doute qu’on n’a pas fini d’en entendre parler !

 

 

 

Comme dirait l’autre: enjoy !

 

J-Yves

 

 

 

 

 

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